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Rêve à la Part-Dieu

Publié le 20 sept.. 2010
, par Alexandre Minel
| 5 commentaires

Dans quelques heures débarquera l’automne avec ses sabots de feuilles mortes. Hier s’est achevé le dernier weekend estival de 2010, souvent en famille à la Tête d’Or ou sur les berges du Rhône. D’autres travaillaient du côté de la Part-Dieu. Qui sont ces autres ? Les cinquante danseurs répétant une pièce utopique dans un quartier à vocation utopique.

More, Campanella ou encore Platon ont chacun imaginé leur cité idéale. Leur théorie bâtissait au fil des pages des cités circulaires, symétriques, quadrillées vouées au bien-vivre. De là, l’utopie est finalement devenue l’apanage des architectes et urbanistes. Parmi les réalisations, citons le phalanstère de Charles Fourier ou les unités d’habitation de Le Corbusier. De l’architecte suisse sont issus de nombreux disciples, dont Jean Zumbrunnen. Dans le quartier de la Part-Dieu, il a construit face à face deux hautes et longues barres d’immeubles sur pilotis. Au milieu trône une grande place rose, destinée à l’échange et la convivialité. Mais aujourd’hui, elle reste vide, désespérément vide. Sauf hier.

Annick Charlot met en mouvement cet espace public pour sa nouvelle création, Lieu d’être. Le temps de huit représentations, elle entend bousculer la vision du réel et de la beauté qu’inspire le brut béton des barres. Et rappeler que derrière les murs gris s’éprouvent des dizaines de sentiments, que nous n’apercevons pas dans nos passages en trombe sur le Cours Lafayette. La danse s’invitera sur la place centrale mais aussi dans les appartements. Quatre danseurs professionnels enjamberont périlleusement les façades. Et à l’image d’une fresque humaine, les danseurs amateurs exécuteront des chorégraphies depuis les balcons, imaginées par eux-mêmes avec l’aide complice d’Annick Charlot.

A l’unanimité, ils sont séduits par le projet mais aussi par la démarche artistique de la chorégraphe. Chacun a pu participer à l’élaboration des cinquante minutes de spectacle, toute proposition étant la bienvenue. Parmi les participants, certains connaissaient déjà Annick Charlot, grâce notamment aux divers ateliers proposés par la Compagnie Acte. D’autres l’ont rencontrée tout récemment. C’est le cas de Marie-Jo : elle vit ici depuis les années soixante. Dans Lieu d’être, elle chantera, avec deux autres habitants. Grâce à cette création, elle redécouvre avec enthousiasme une architecture côtoyée presque dans l’indifférence depuis quarante ans. Dans le collectif, quelques étudiants en urbanisme et architecture aussi.

Un constat s’impose après discussion avec les danseurs : ils sont bénévoles et amateurs mais très professionnels, prenant ce travail de danse et réflexion très au sérieux. Certains ne pourront assurer l’intégralité des représentations, à causes d’obligations personnelles. D’autres ont déjà déposé des demi-journée afin de s’absenter librement de leur travail, juste pour danser et communiquer. Depuis quelques semaines, le rythme de travail s'accroît. Stéphanie concilie sa vie de famille et professionnelle aux répétitions hebdomadaires, les mardis, jeudis et dimanches. A regret, elle ne pense pouvoir se relancer dans un projet aussi prenant dans l’immédiat. En attendant, une pause-déjeuner s’impose sur la place rose entre deux répétitions. Certains iront même se délecter d'un café chez des habitants des barres. Et si le temps d'une journée se concrétisait enfin l'utopie de Zumbrunnen?

Avec l'automne qui arrive, la pluie jouera peut-être sa turbulente pendant les représentations. Est-ce si grave? Quitte à vivre l'utopie jusqu'au bout, autant savourer tous les plaisirs qui se présentent... Pour une fois, s'amuse Marie-Danielle, "on pourra peut-être se coucher dans des flaques d'eau en toute liberté", sans crainte des jugements et normes imposées.

Photo: Annick Charlot le 20 septembre  devant la résidence Duguesclin

A décrouvrir à partir du vendredi 24 jusqu'au jeudi 30 septembre. http://www.biennaledeladanse.com/fr/lm/part1/spectacles/compagnie-acte,36.html


  • Le 20 sept.. 2010 22:21 par pinko
    ou quant le mouvement se méle à l"urbanisme.vision écrasante d"une 'barre' d"immeuble où danse l'expréssion.
  • Le 21 sept.. 2010 10:49 par Chapline
    Très joli article.
  • Le 21 sept.. 2010 12:03 par Geneviève
    Cela donne envie d'aller voir !! C'est à partir du vendredi 24, je crois...
  • Le 23 sept.. 2010 15:19 par Lucky Sophie
    Nous avons vu la répét, ça donne envie de voir la première demain !
    C'est relayé sur mon blog :
    http://luckysophie.over-blog.com/article-le-lieu-ou-il-faut-etre-57583614.html
  • Le 27 sept.. 2010 13:31 par petit ver...
    du rêve, de la poésie, de l'émotion intense et une envie irrépressible d'investir aussi des espaces urbains pour communiquer et se sentir vivant tout simplement... j'ai ressenti tout cela samedi en fin d'après midi avec ces beaux danseurs et je les remercie de tant de beauté, d'authenticité et de simplicité.

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