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Quand le politique impose la mesure

Publié le 19 sept.. 2010
, par Alexandre Minel
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En 1661 ouvre la prestigieuse Académie Royale de Danse, ancêtre de l'Opéra de Paris. Lassé des ballets de cour où dansent les courtisans, Louis XIV exige une danse à l'image des valeurs de la monarchie absolue. Ordre, discipline et perfection s'imposent aux danseurs. La danse classique s'institutionnalise. Et il faut attendre les années 1950 pour que la danse moderne trouve un écho retentissant en France. En mai soixante-huit est contesté l'ordre établi de la danse. Quelques chorégraphes commencent à évoquer l'idée de Centre Chorégraphique National (CCN).

Ailleurs dans le monde, les mutations de l'art chorégraphique n'ont pu franchir les barrières politiques. La danse expressionniste a fait la réputation de l'Allemagne de l'entre-deux guerres. Hitler accède au pouvoir en 1933. Le régime soutient dans un premier temps cette danse. Néanmoins, tous les artistes plus ou moins affiliés à des idées de gauche sont renvoyés des opéras. Laban, maître de l'expressionnisme, est évincé en 1936. En 1938, plus aucune subvention n'est versée aux professionnels de la danse. Le classique et les danses folkloriques reprennent le dessus, dans une logique de divertissement et d'exaltation des corps. La danse retrouvera sa liberté en 1945.

Bien sûr, la cas nazi ne s'impose pas comme la règle absolue! Dans les années 1980, l'Etat français s'intéresse au hip-hop. Cette démarche s'inscrit davantage dans le cadre d'une politique de la ville que d'une démarche artistique. La France compte lutter contre le problème des cités via une socialisation des jeunes en difficulté par le hip hop. Des ateliers apparaissent dans certaines écoles. Et cette danse originaire du Bronx rejoint aussi les espaces institutionnels, tels que les théâtres. A ce moment là, le hip hop se scinde plus ou moins en deux mouvements: d'une part, le hip hop de scène, davantage chorégraphié et intégrant des mouvements d'autres danses; d'autre part le hip hop de rue, sans subventions, caractérisé par le breakdance et les battles. Se pose alors la question de ce qu'est le "vrai" hip hop et la création artistique. Question reprise par les CCN.

En 1981 naissent les CCN. Des chorégraphes en assurent la direction. Avec les budgets alloués, ils poursuivent l'objectif d'enseigner et de créer au moins une chorégraphie par an. L'initiative est saluée. Néanmoins, certains soulèvent des critiques quant au fonctionnement des CCN. Ils leur reprochent entre autre le rythme soutenu imposé à la création, le manque de flexibilité dans la distribution des budgets mais aussi l'asphyxie subie par les chorégraphes non-subventionnés. Parmi les chorégraphes engagés, citons Maguy Marin, une des figures de la nouvelle danse française. En 1998, elle s'installe à Rillieux la Pape et génère l'ouverture d'un nouveau CCN. Avec cette démarche, elle fait le choix délibéré de s'installer dans la banlieue de Lyon. Et elle poursuit l'objectif de revaloriser cet espace périphérique et d'aider à l'insertion des jeunes.

Aujourd'hui, les budget culturels baissent un peu plus chaque année. Le Rhône se distingue en étant un des rares départements à maintenir à l'identique ses subventions. Cependant, le Conseil Général du Rhône ne sera plus partenaire de la Biennale de la Danse en 2012, qui peut néanmoins compter sur d'autres partenaires. A l'inverse, l'Ecole des Sables de Germaine Acogny ne reçoit aucune subvention de la part du Sénégal. Mais cela n'entrave en rien sa volonté d'exprimer avec le corps un message. Et qu'importe le temps nécessaire pour y arriver !

Photo: Michel Cavalca, Germaine Acogny dans Songook Yaakaar


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