Le Blog - biennaledeladanse.com

Passion Boléro

Publié le 30 sept.. 2010
, par Alexandre Minel
| Aucun commentaire

Quelles œuvres a composé Maurice Ravel ? Le Boléro et … euh… Qui a composé Le Boléro ? Ravel ! Impossible pour  le compositeur français de ne pas être (uniquement) associé au Boléro. Dès sa création en 1928, il avait tenté de minimiser l’importance de cette partition dans sa carrière. Il s’agissait en fait d’une commande  d’un ballet de la part d’Ida Rubinstein, ex-danseuse de Serge de Diaghilev. Atteint peu après de graves troubles neurologiques, Ravel n’aura plus l’opportunité d’écrire de nouvelles compositions d’envergure…  Le Boléro devient bien malgré lui sa pièce maîtresse. En 2009, c’est encore le quatrième morceau rapportant à la SACEM le plus de droits depuis l’étranger. D’une durée moyenne de dix-sept minutes, il serait joué au moins une fois tous les quarts d’heure…  Autant dire qu’en ce moment même, quelqu’un quelque part dans le monde est en train de l’écouter. Dans le langage actuel, on pourrait même dire que Le Boléro est le « tube » de Ravel ! Tube à l’avant-garde de la musique répétitive. Quelques secondes d’écoute et la mélodie du Boléro revient en tête toute la journée…. Elle se répète inlassablement de la première à la dernière seconde, tout en échappant à la monotonie. Le rythme  jouit d’une remarquable montée crescendo, avec une densification continue du nombre d’instruments jouant simultanément. Avec l’arrivée des cuivres, les tonalités deviennent plus dures et évoquent des sentiments de plus en plus  extrêmes…

Historiquement, le boléro est une danse traditionnelle espagnole, d’où des sonorités méditerranéennes chez Ravel.  A l’Opéra Garnier en 1928, Ida dansait d’ailleurs du flamenco, debout, sur une table. La table et Le Boléro, deux entités définitivement indissociables depuis la chorégraphie de référence de Béjart, décharge extrême d’érotisme…  Sur la table, un homme ou une femme exécutent un solo aussi répétitif que la mélodie. Au sol, une vingtaine d’hommes s’approchent près de la table au fur et à mesure que le rythme s’accroît… La sueur dégouline sur les peaux nues. La puissance des mouvements insuffle sur le public un vent de nervosité et de tension. La musique s’arrête trop brutalement. Les corps se relâchent enfin. Le public ose enfin respirer et en redemande déjà !

Cette semaine, à la Biennale, deux nouvelles variations autour du Boléro ont été proposées. Première belle surprise dans Nya. Quoi de plus logique que  la Cellule contemporaine du Ballet National Algérien s’empare des sonorités arabes du Boléro ? Dans les rues agitées d’Alger, Abou Lagraa revisite en mode urbaine la composition de Ravel. En solo ou à plusieurs, les treize danseurs enchainent des figures  hip hop de plus en plus spectaculaires. Tollé d’applaudissements, avec les mains et les pieds. Seul bémol : la technique et l’énergie des danseurs impressionnent mais elle aurait très bien pu être accompagnée par une autre musique que celle de Ravel… Jusqu’à samedi, une autre mise en scène du Boléro se dévoile du côté des Ballets C de la B. Dans Gardenia, neuf danseurs comédiens évoluent sur scène, dans une pièce hommage à l’espoir, au naturel, à la vie… Ils entrent sur scène habillés dans de sévères costumes noirs. Le Boléro résonne dans les enceintes…. En route pour un quart d’heure fait d’allers-retours sur le plancher de la scène… Petit à petit, tous se déshabillent et révèlent en émotions crescendos qui ils sont vraiment: un acteur, une actrice, six travestis et un transsexuel. A la place des cravates et pantalons noirs, ils enfilent des robes, des chaussures à talons, des perruques… Les voilà prêt à raconter pendant plus d’une heure leurs états d’âme et leurs rêves (dés)enchantés. LE spectacle de cette fin de Biennale à découvrir. On découvrira sans doute d’autres adaptations du Boléro sur les scènes lyonnaises tout au long de la saison culturelle.  Rendez-vous déjà fixé avec le Göteborg Ballet en janvier 2011 à la Maison de la Danse.

Photo: Christian Ganet. Le Boléro par la Celule contemporaine du Ballet National Algérien dans Nya


Laissez votre commentaire

Retour au site de la Biennale de la Danse Rejoignez-nous sur Facebook Abonnez-vous au flux rss