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Hommage à Pina Bausch

Publié le 15 sept.. 2010
, par Alexandre Minel
| 6 commentaires

Lundi dernier, Dominique Mercy s'est prêté devant un public nombreux au jeu des questions-réponses. Visiblement, un an après le brusque décès de Pina Bausch, l'émotion le gagne toujours lorsqu'il s'agit d'évoquer la chorégraphe et son oeuvre. Désormais, en tant que directeur artistique du Tanztheater Wuppertal, l'avenir même de la Compagnie lui incombe. Tout comme la conservation d'un précieux héritage, composé d'une vingtaine de pièces. Hormis Le Sacre du Printemps et Orphée et Eurydice entrés au répertoire du Ballet de l'Opéra de Paris, le Tanztheater conserve l'exclusivité de l'œuvre de Pina Bausch. L'ensemble de la Compagnie s'efforce aujourd'hui de préserver la nature du répertoire de Pina. D'ailleurs, hormis une seule danseuse, aucun danseur n'a quitté le « danse-théâtre » de Wuppertal depuis 2009. Par chance, à l'heure où les subventions culturelles fondent comme peau de chagrin en Allemagne, les collectivités ont assuré au Tanztheater de maintenir leur soutien. La situation s'annonce pour l'heure clémente, à l'inverse d’autres théâtres menacés de fermeture. Mais s'imposera certainement un jour la nécessité de créer de nouvelles pièces. Dominique Mercy a conscience de cette réalité. Pas de doute que ces futures créations seront mûrement réfléchies et concertées entre les membres du Tanztheater, dans la lignée du travail collectif de Pina Bausch. Pour l'heure, selon la volonté de la chorégraphe il y a deux ans, Nelken offre son champ d'œillets à la Biennale de la Danse.

Treize mille. Treize mille œillets habillent la scène de leur manteau rose. Vue du parterre, la prairie de fleurs paraît immensément belle, dépassant peut-être même les murs de l'Opéra, jusqu'à l'infini... Autant que les vingt et un danseurs, les œillets sont les héros de Nelken. Et des héros animés. Depuis leur posture parfaitement droite jusqu'à leur flétrissement, ils subissent comme nous, humains, avec ou sans dommage les émotions et les comportements qui ravagent la scène: les amours heureuses ou malheureuses, la soumission, la peur, la joie juvénile, la solitude, la tendresse... La douceur de « The man I love » chanté en langage des signes s'éclipse sous les cris d'une injuste partie de jeux... Les œillets gisent là, sous nos yeux. L'envie de les toucher titille les esprits. Mais relèvent-ils du réel ou d'un mirage scénique ? Et ces danseurs, se fondent-ils dans le rôle d'un personnage ou conservent-ils leur identité civile ? Troublantes interrogations, surtout que Dominique Mercy et d'autres interprètes jouaient déjà dans Nelken il y a trente ans... Les frontières entre scène et salle s'estompent. Collés à un micro, leurs cœurs battants résonnent dans l'Opéra tout entier. Les nôtres aussi s'agitent, troublés par une étonnante spontanéité... Leurs regards se plongent éperdument dans les nôtres. Ils quittent même leur piédestal pour une séance d'accolades avec le public. Leurs paroles s'adressent directement à quelques dizaines de spectateurs (ou simples êtres humains ?) le temps de quelques secondes...

Trente ans après sa création, la pièce surprend toujours, au point de déconcerter certains. Les actions s'enchaînent, s’intercalent les unes aux autres sans fil conducteur évident. Les mêmes mouvements chorégraphiés se répètent à l'envi. A l'origine avec deux entractes puis un puis plus aucun aujourd'hui, Nelken se raccourcit et se remodèle au fil du temps. La pièce invite en permanence à être ressentie et interprétée différemment. Selon la volonté de Pina Bausch, s'opposant farouchement à imposer toute interprétation « officielle ».

Nelken affiche complet à l'Opéra de Lyon. Samedi est programmé au cinéma Comoedia en avant-première française Pina Bausch, les rêves dansants. Le documentaire retrace l'un des tous derniers projets de Pina Bausch : reprendre Kontakthof avec des adolescents n'ayant jamais dansé. Le film sera suivi d'une discussion avec Dominique Mercy. Plus d'infos sur

http://www.cinemacomoedia.com/index.pl?page=fiche_film.shtml&id_film=1333

Photo: Christian Ganet


  • Le 16 sept.. 2010 21:03 par Anna R
    Je ne sais pas à quoi j'ai assisté ! mais quelle émotion s'échappe de cette pièce sensible, loufoque, à certain moment cruelle ! J'ai pensé au ruban blanc de M. Haneke, par l'enfance ici représentée...Mais n'est-ce pas aussi une réflexion sur la danse, l'acte de danser et de ne pas être au rendez vous des spectateurs...Jamais mais ailleurs... Merci,et merci à la troupe.
  • Le 16 sept.. 2010 21:48 par pinko
    merci pour ce "billet" trés agréable, qui ma vraiment donner l"envie de découvrire!!
  • Le 20 sept.. 2010 11:30 par Odile Echailler
    J'ai adoré. TOUT. De la beauté du champ d'oeillet de départ ouvert à l'infini, comme sur tous les possibles à l'énergie des danseurs, infiniment renouvelée elle aussi. Des artistes qui n'hésitent pas à "mouiller leurs chemises" au sens très physique de la chose. Et puis quelle générosité ! Je n'avais plus revu la troupe depuis des années et autrefois, je n'avais pas tellement apprécié. Je trouvais qu'il y avait un côté trop figé, froid, voire glacial et que c'était plutôt du théâtre que de la danse. Je ne sais qui a changé ? Mon regard ou bien est-ce la troupe qui s'est transformée ? En tout cas, j'ai été éblouie, j'ai beaucoup ri et à y repenser, c'est tellement bien aussi un danseur qui ose et vient vous prendre dans ses bras. SURPRENANT !
  • Le 20 sept.. 2010 17:57 par Christine Cracco
    Oui , cent fois oui, mille fois oui, Nelken est un chef d'œuvre de poésie, de cruauté, de tendresse, d'humanité !

    MAIS :

    N'aurait-il pas fallu neutraliser les premiers rangs (j'étais au 3°) pour que tous les spectateurs aient la vision magique du champ d'œillets, et non une vue en rase motte ? ( à des places de "première série" à 45 € ! )

    Arrivée à 19h45 hier au soir, je n'ai pas pu avoir de programme, car il n'y en avait pas assez pour tous les spectateurs...

    Et enfin, quel dommage de quitter les lieux au pas de course, harangué par les ouvreurs, alors qu'on est encore sous le charme de cette pièce fabuleuse...

    Je trouve vraiment que l'Opéra n'a pas été à la hauteur de l'évènement.
  • Le 21 sept.. 2010 11:08 par Gysele
    Effectivement Christine je vous rejoins, la vue en rase motte, voir en contre-plongée fait perdre beaucoup du champ d'œillet qui est quand même très important dans Nelken (œillet en allemand).
    Néanmoins cette pièce est toujours aussi sublime, émouvante, criante de poésie, ce mélange entre deux éléments opposés. On en redemande mais on est vite jeté hors de l'Opéra, quel dommage la soirée en est quelque peu gaché.

    Cependant cela mis à part, qu'elle soirée et quel hommage à cette grande dame qu'était Pina Bausch.

    Le 13 octobre sort un documentaire "Les Rêves Dansants - Sur les pas de Pina Bausch" au cinéma sur la dernière version de Kontakthof (avec une troupe de jeune adolescent), j'espère ne pas être déçu.
  • Le 23 sept.. 2010 18:16 par les oeillets de la colère
    J'ai trouvé cette pièce de théâtre intéressante dans sa maltraitance du spectateur et à 100 000 lieues de la générosité de la danse. Traumatismes et mal êtres personnels jetés à la figure du spectateur via des vociférations hystériques, des images choc de chutes de corps et gazages d'humains, humour plus que caustique, souvent peu fin. Acteurs (mal)drapés dans leur personnages peu attachants, cyniques ou aliénés, parfois phagocytés par leur folie, et forts peu concernés par le public, sauf quand ils ont besoin de lui (!). C'est bien gentil mais un peu facile de vouloir ensuite, en bons donneurs de leçons moralisateurs, se servir du même public pour lui demander de se lever d'un seul homme, et lui apprendre à faire l'accolade... et à acueillir l'autre :) ! Donc je dis BOF, beaucoup de bruit pour pas grand chose d'offert et un peu trop d'imposés.

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